
Le 16 avril 2026, le Centre de recherche et de formation « Le Chant d’oiseau » à Cotonou a accueilli une conférence d’envergure. Organisée par l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer, elle a permis au Professeur Théodore Holo, ancien Président de la Cour Constitutionnelle du Bénin et agrégé de droit et science politique, d’analyser un thème crucial : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ».
Les entraves à l’indépendance de la justice
Dans son exposé, le Professeur Holo a dressé un constat sévère : malgré l’existence formelle d’institutions, leur rôle de contre-pouvoir reste limité par des contraintes structurelles. Trois facteurs majeurs qui fragilisent le plus souvent l’indépendance judiciaire ont été mis en lumière par l’éminent juriste. Il s’agit dans un premier temps de la dépendance opérationnelle qui fait que le pouvoir judiciaire ne dispose pas de la force publique pour exécuter ses décisions, dépendant ainsi de l’exécutif. En second lieu, le mode de désignation des juges constitutionnels; un processus souvent marqué par une proximité politique avec le pouvoir en place. Au troisième et dernier plan, le manque d’autonomie financière: les tribunaux restent sous la tutelle budgétaire du gouvernement et d’un parlement généralement aligné.
Face à ces défis, le Professeur Théodore Holo a appelé à une citoyenneté responsable, rappelant que la démocratie est un processus en constante construction et qu’elle doit être protégée contre les dérives autoritaires. Toutefois, l’ancien président de la Cour Constitutionnelle a notifié qu’au-delà de tout que »c’est la qualité des hommes qui fait la qualité des institutions ».
Révision constitutionnelle, trêve politique et Sénat, autres sujets passés au scanner
Au-delà de l’indépendance judiciaire, l’invité de marque de l’IAJP a élargi sa réflexion à d’autres sujets sensibles. Selon le Professeur Théodore Holo, toute initiative de révision de la constitution au Bénin s’est toujours heurtée à une résistance. Or dit-il, la constitution doit s’adapter aux nouvelles aspirations des populations dans des conditions données. Une démarche que le juriste trouve légitime, mais dénonce la célérité observée dans les différents processus de révision constitutionnelle.
Parlant de »trêve politique », le Professeur Holo estime qu’il s’agit d’une expression »pas trop bonne » à son avis. Malgré ce petit défaut, il y voit quand même le signe d’une stabilité démocratique. Mais cela ne devrait pas être un frein à la liberté d’opinion et s’empêcher de se dire les vérités quand ça ne va pas, a-t-il ajouté.
Sur la question du Sénat, le conférencier juge sa création très utile. »Quel que soit le type de régime, le Sénat est une institution forte qui existe sous d’autres cieux », a lâché le professeur Holo, comme pour dire qu’il ne s’agit pas d’une invention béninoise, avant d’affirmer haut et fort qu’il ne déclinerait pas l’offre d’y siéger si elle lui est faite et rassure démissionner au cas où son fonctionnement ne s’alignerait pas avec ses propres convictions.
Le regard du père Éric Aguénounon
Le père Éric Aguénounon, directeur de l’IAJP, a apporté un éclairage complémentaire en analysant la décennie de gouvernance du président Patrice Talon. Il a salué les efforts du chef de l’État pour promouvoir la culture et développer les infrastructures, tout en soulignant l’importance symbolique du respect des cycles constitutionnels.
Selon lui, le passage de témoin après dix années de mandat constitue une étape essentielle pour la vitalité démocratique du Bénin. Occasion pour l’homme de Dieu d’insister sur la nécessité de considérer la Constitution comme un bouclier collectif, protégeant le bien commun contre les ambitions personnelles.



