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Annick Nonohou Agani à l’issue de l’édition 2026 des 15 jours d’ARTivisme : «Elle a combiné art, sensibilisation communautaire, mobilisation sociale…»

À l’occasion de la clôture des « 15 jours d’ARTivisme » dédiés à la profession sage-femme, la présidente de l’Association des Soignants Amis des Patients (ASAP), Annick Nonohou Agani, dresse dans cette interview exclusive, un état des lieux de la pratique sage-femme au Bénin. Entre plaidoyer pour l’accouchement sans violence, dénonciation des violences gynécologiques et obstétricales et combat pour l’autonomie professionnelle des sages-femmes, la lanceuse d’alerte appelle à une profonde réforme des politiques de santé maternelle en vue d’atteindre la Vision 2030.

Kanbio24.Info : Les 15 jours d’ARTivisme s’achèvent ce 15 mai. Quel bilan faites-vous de la mobilisation autour de la révélation de la profession sage-femme ?

Annick Nonohou Agani : La première édition des 15 jours d’ARTivisme pour la révélation et la sécurisation de la profession sage-femme organisés par l’Association des Soignants Amis des Patients (ASAP) dans le cadre de la célébration de la journée internationale des Sages-Femmes en vue de la promotion de l’Accouchement Sans Violence et de l’Accélération de la Riposte aux Violences Gynécologiques et Obstétricales, a été une expérience très enrichissante qui a permis de mettre en exergue le rôle crucial de la sage-femme dans la société à travers une campagne médiatique et digitale, un atelier d’immersion, de reconnexion et de mentorat para- juridique des Dirigeants et Responsables de Groupes d’Appui de notre association, un plaidoyer institutionnel et juridique au sujet de la sécurisation de la pratique sage-femme, des stratégies de promotion de l’accouchement sans violence et d’accélération de la riposte aux violences gynécologiques et obstétricales.
Il s’agit d’une initiative innovante qui a mis en lumière les inégalités de genre entre professionnels médicaux, les violences faites aux Sages-Femmes et les obstacles à l’offre de soins obstétricaux fondés sur les droits humains et centrés sur les femmes et à la lutte contre les VGO. Elle a combiné art, sensibilisation communautaire, mobilisation sociale, mentorat Para-Juridique et développement personnel pour un leadership transformationnel afin de promouvoir et de valoriser la sage-femme femme africaine pour une meilleure reconnaissance sociale et un soutien par tous pour l’atteinte de la vision 2030 de la pratique sage-femme.

Pouvez-vous rappeler les grandes lignes de la Vision 2030 de la pratique sage-femme ?

L’état de la pratique sage-femme en 2014 au Bénin a révélé des obstacles majeurs tels que l’insuffisance des effectifs, la défaillance de la formation initiale. Pour inverser la tendance, une vision 2030 de la pratique sage-femme a été élaborée et met l’accent sur l’accroissement de la disponibilité, de l’accessibilité, de l’acceptabilité et de la qualité des services de santé et des sages-femmes.
L’atteinte de cette vision exige non seulement l’incorporation des soins respectueux dans la formation des sages-femmes, l’investissement dans les sages-femmes, la réalisation de plaidoyer par les sages-femmes individuellement ou à travers leurs associations professionnelles mais aussi que ces dernières soient bien formées, bien équipées, règlementées et obtiennent un soutien adéquat.

En quoi la reconnaissance de l’autonomie professionnelle des sages-femmes est-elle essentielle pour atteindre les objectifs de la Vision 2030 ?

La reconnaissance de l’autonomie professionnelle des Sages-femmes est un principe fondamental de la philosophie de leur pratique. Cette autonomie est aussi une norme éthique fondée sur la déontologie de la Sage -femme. Elle est essentielle pour l’atteinte des objectifs de la vision 2030 de leur pratique, car le défaut d’autonomie des Sages-femmes en Afrique induit la récurrence des violences gynécologiques et obstétricales par l’application de normes historiques nuisibles et l’exécution d’instruction illégales ordonnées par des médecins paternalistes ou autorités hiérarchiques n’ayant pas adhéré à la pratique de l’Accouchement Sans violence.

Les sages-femmes disposent-elles de moyens suffisants pour assurer des soins respectueux, sécurisés et humanisés ?

Non, les sages-femmes africaines en général et béninoises en particulier ne disposent pas de moyens suffisants pour assurer des soins respectueux.

Les violences gynécologiques et obstétricales sont aujourd’hui de plus en plus dénoncées. Comment définissez-vous ce phénomène ?

Les VGO sont les actes sexistes les plus graves infligés aux femmes durant le suivi gynécologique et obstétricale .Elles sont de plus en plus dénoncées du fait de la libération de la parole des victimes suite aux 25 ans d’activisme contre les VGO de Annick Nonohou Agani, sage-femme juriste, activiste des Droits Humains en milieu sanitaire africain et au projet STOP-VGO d’Amnesty International au Bénin en 2024 et 2025.

En quoi ces inégalités constituent-elles un frein à l’atteinte de la Vision 2030 ?

Les inégalités de genre constituent un frein à l’atteinte de la vision 2030, car les Sages-Femmes qui sont des professionnels de santé médicaux à compétences (définies) au même titre que les médecins et qui interviennent dans 85 % dans l’offre des soins maternels et néonatals exclues des instances de décisions et sont au quotidien victimes de violences institutionnelles, structurelles, organisationnelles, financières et symboliques. Toutes choses qui concourent au défaut de mise en œuvre des recommandations internationale et nationales en lien avec leur pratique professionnelle fondée sur les évidences.

Quelles actions concrètes l’ASAP mène-t-elle pour promouvoir l’accouchement sans violence au Bénin ?

L’association des Soignants Amis des Patients que je préside s’investit au quotidien pour la promotion de l’accouchement sans violence et la riposte aux VGO.
Nos axes d’interventions reposent sur : le partenariat avec certaines institutions nationales et internationales pour les campagnes de sensibilisation, les sessions de renforcement de capacités des Sages- femmes et des individus familles et communautés, la mise en œuvre d’initiatives novatrices comme le tourisme médical d’expertises professionnelles et juridiques, le Mentorat Clinique et Para-Juridique, les dialogues et classes communautaires, les campagnes d’activisme et d’ARTivisme), les campagnes médiatiques et digitales dans le cadre de la célébration des journées, la diffusion continue de messages de sensibilisation sur les réseaux sociaux, l’accompagnement des Mastorants et Doctorants dans la production d’œuvres scientifiques dans le domaine de la recherche sur le droit de la santé, la pratique d’accouchement sans violence, la riposte aux violences gynécologiques et obstétricales, la lutte contre les Violences basées sur le genre, les plaidoyers institutionnels, etc.

Si vous deviez résumer en une phrase le principal obstacle à l’atteinte de la Vision 2030 de la pratique sage-femme, quel serait-il ?

Le défaut d’autonomie des sages-femmes dû à l’enracinement du patriarcat médical est un obstacle majeur à l’atteinte de la vision 2030 de la pratique sage-femme au Bénin.

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