
Le système sanitaire à l’échelle mondiale traverse une période de profondes transformations qui redéfinissent les équilibres entre États, institutions et organisations internationales. La fragilisation progressive du multilatéralisme, la réduction de certains financements extérieurs et la montée des enjeux de souveraineté sanitaire placent l’Afrique au centre d’un tournant stratégique majeur.
C’est dans ce contexte qu’un webinaire organisé le 4 juin 2026 par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a réuni chercheurs et experts afin d’analyser les nouvelles dynamiques de la gouvernance sanitaire mondiale. Stéphanie Tchiombiano, maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi que Ida Rose Ndione, directrice régionale des programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest, ont été les invitées spéciales de ce rendez-vous du Remapsen.
Les discussions ont mis en évidence le fait que la santé ne peut plus être considérée uniquement comme un domaine technique ou humanitaire. Elle est désormais étroitement liée à des rapports de force géopolitiques et économiques. Les crises sanitaires récentes ont illustré l’interdépendance des pays, notamment en matière de prévention, d’accès aux médicaments et de gestion des urgences épidémiques.
Toutefois, cette architecture mondiale, longtemps structurée autour d’institutions comme l’Organisation mondiale de la santé, est aujourd’hui fragilisée. Les évolutions des politiques de coopération de certaines grandes puissances et leur désengagement partiel de mécanismes multilatéraux contribuent à un rééquilibrage du système international de santé. Dans ce contexte incertain, les pays africains cherchent à renforcer leur positionnement et leur capacité d’influence dans les instances de décision globales.
Par ailleurs, la question du financement reste un défi central. De nombreux systèmes de santé africains demeurent fortement dépendants de l’aide extérieure, notamment dans des secteurs sensibles comme la santé maternelle, infantile ou la nutrition. La réduction de certains programmes internationaux accentue leur vulnérabilité, tandis que les ressources nationales restent insuffisantes pour répondre aux besoins croissants des populations.
Face à ces défis, les experts plaident pour une réponse africaine plus coordonnée, fondée sur le renforcement des institutions régionales comme l’Union africaine et l’Africa CDC. La souveraineté sanitaire apparaît ainsi comme un objectif stratégique, reposant sur la mobilisation des ressources internes, la coopération régionale et l’innovation pour construire des systèmes de santé plus résilients.
C.L.A.



