
Reconnu comme l’un des porte-voix de la pharmacopée africaine au Bénin, Berger Djogbé, tradithérapeute, a choisi de ne pas laisser mourir la médecine de ses ancêtres. Entre transmission aux jeunes, combat contre les préjugés et création d’un pont avec la médecine moderne, ce lauréat de l’édition 2026 de l’Oscar des « Pépites d’Afrique », plaide pour un Bénin qui se soigne avec fierté grâce à ses propres plantes.
Kanbio24.info : C’est-ce qui vous a poussé au départ à embrasser la médecine traditionnelle plutôt que de laisser ces savoirs se perdre ?
Berger Djogbé : C’est l’appel des ancêtres et l’amour de mon peuple. J’ai vu nos anciens partir avec leurs secrets et nos jeunes souffrir faute de soins accessibles. Je ne pouvais pas laisser cette bibliothèque vivante brûler. La terre du Bénin a déjà tout pour nous guérir.
Aujourd’hui, vous êtes reconnu comme un gardien du savoir ancestral. Comment vous assurez-vous que les jeunes générations s’approprient et respectent ces pratiques ?
Par la transmission et l’exemple. Avec FEJAL, nous formons les jeunes, nous les mettons sur le terrain et nous documentons les savoirs. Je leur montre que ce savoir n’est pas « villageois » : il est noble, scientifique et rentable. Quand ils guérissent une vie, ils comprennent sa valeur.
En quoi la médecine traditionnelle selon vous, répond-elle aux besoins de santé concrets des populations béninoises et africaines aujourd’hui ?
Elle est proche, accessible, abordable et culturelle. Dans 70 % de nos villages, la première porte à laquelle on frappe est celle du tradipraticien. Elle soigne le corps, mais aussi l’âme, la famille et la communauté. Et elle utilise ce que Dieu a déjà mis dans notre sol.
Quel a été pour vous le plus grand défi dans la valorisation des savoirs endogènes ?
Le combat contre les préjugés : « C’est du charlatanisme. » Le deuxième défi est de standardiser sans trahir. Il faut mettre en flacon, étiqueter, doser, tout en préservant la force et la dimension spirituelle de la plante.
Comment ce trophée des Pépites d’Afrique change-t-il la donne selon vous ?
C’est une consécration pour tous les gardiens du savoir. Ce trophée dit à l’Afrique : « Lève la tête. » Il ouvre des portes, attire des partenaires et donne de la crédibilité à la Pharmacopée Bon Berger pour aller plus loin.
Pensez-vous qu’il est possible de créer un véritable pont entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle ?
Oui, absolument. On ne soigne pas avec l’ego. Le patient a besoin des deux. Nous avons la prévention et le traitement de fond ; eux ont le diagnostic et la prise en charge des urgences. Le pont est obligatoire.
A quoi ressemblerait cette collaboration idéale ?
A des centres de santé intégrés. Le médecin fait les analyses, le phytothérapeute assure le suivi avec les plantes. Il faut des protocoles communs, du respect et des recherches conjointes. Et surtout, le malade doit être au centre de cette collaboration.
Quel message voulez-vous envoyer aux Africains qui doutent encore de la valeur de leur propre héritage ?
Ne reniez pas votre mère. Ce que vous cherchez en Europe et en Asie est déjà dans nos forêts. Aimez, étudiez et valorisez ce qui est à vous. Notre dignité passe par là.

Après ce sacre, quel est votre prochain combat ?
Nous entendons industrialiser avec l’âme. Nous voulons mettre en place un institut Bon Berger pour former 1 000 jeunes, créer une pharmacopée moderne et rendre nos produits disponibles dans chaque arrondissement du Bénin, puis dans toute l’Afrique.
Quel héritage aimeriez-vous laisser dans dix ans ?
Que l’on dise : « Il a sauvé un savoir et il a formé une génération. » Je veux laisser un réseau de centres de santé par les plantes, crédibles, propres et respectés. Un Bénin qui se soigne avec fierté grâce à ses propres plantes.
Propos recueillis par ED



