
Dans la bataille sanglante opposant les troupes Fon à celles des Waci, la légende raconte que les Waci disposaient d’une armée redoutable et disciplinée. Le chef d’orchestre de cette résistance était Togbui Kpozoblati, ou Togbui Kpo. Homme imposant, doté d’une carrure militaire, rigoureux et toujours prêt à affronter l’ennemi, il a su instaurer la rigueur et la discipline au sein de sa troupe. Fin stratège, sa présence sur tous les fronts, en son temps, incarnait la victoire. Car le mot « victoire » faisait partie de son ADN. Jusqu’à aujourd’hui, il est considéré, selon les récits oraux, comme le plus grand chef de guerre en terre Waci.
Dans la bataille contre les Fon, il a été appuyé par des divinités qui lui indiquaient la position exacte de l’ennemi et la conduite à tenir. N’oublions pas le rôle important de ces divinités Waci jusqu’à nos jours. Ayant appris la présence des envahisseurs sur son territoire, il décide de réorganiser son armée et d’adopter une nouvelle stratégie, l’une des plus efficaces pour affaiblir les Fon. Ainsi, il parvient à les déstabiliser. Certains furent contraints de fuir vers la région Wla. Ces derniers, dans un acte de solidarité, n’ont laissé aucune chance aux agresseurs. D’autres furent capturés et leurs esprits transformés en divinités, preuve de la solidarité6 monolaise.
Néanmoins, la troupe restée à Watchicomin (ancien nom donné à Comé) pour la bataille est allée surprendre les populations à Hongodi Blomè (raison du deuxième recueillement après celui de Saradji, le dimanche des Rameaux). Mais la grande confrontation eut lieu à Saradji, lorsque les Fon tentèrent de fuir avec quelques captifs Waci. Rapidement, ils furent rattrapés par l’armée de Togbui Kpozoblati, au point où leur chef de guerre fut obligé de fuir pour se réfugier mystiquement à l’intérieur d’un arbre, symbole de leur défaite sur tous les plans.
Malgré les pertes et la dispersion initiale des fils et filles Waci, cette guerre a profondément renforcé leur identité collective. De retour au bercail, la troupe des Waci entonna un chant historique de victoire et de bravoure (que vous entendrez dimanche prochain à Saradji) : « Akitiviwo yi sotou dagbeé », expression de leur attachement à leur figure emblématique et témoignage de la transmission de l’art de la guerre face à l’envahisseur. Ce chant, entonné lors des rituels dominicaux à Saradji, demeure un hommage vivant aux braves guerriers Waci.
Réalisation : Richard M. Agbenomba et Prosper Assou



