
A l’occasion des festivités marquant l’édition 2026 de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA), célébrée à la plage de Ouidah, votre web média a tendu son micro à Wilfrid Houndjè, directeur du Centre International d’Art et de Musique de Ouidah (CIAMO) et promoteur du Carnaval International de Ouidah (CIO).
Dans cet entretien, il revient sur la responsabilité du Bénin dans l’histoire de la traite négrière et appelle à assumer ce passé douloureux. Wilfrid Houndjè insiste également sur la nécessité d’honorer la mémoire des victimes et de poursuivre les efforts de réparation et de réconciliation avec les Afro-descendants.
EXTRAIT DES PROPOS DE WILFRID HOUNDJE
« Je suis heureux d’être associé à cette belle initiative qui constitue un devoir de mémoire et une affirmation de notre passé douloureux. L’esclavage a été l’un des épisodes les plus horribles de l’humanité. Le Bénin tout comme la ville de Ouidah, a joué un rôle important dans cette déportation massive d’Africains.
Comme j’ai l’habitude de le dire, s’il n’y a pas de vendeur, il n’y aura pas d’acheteur. Et s’il n’y a pas eu d’acheteur, il n’y aura pas de vendeur. Donc nos responsabilités sont partagées et chacun doit en prendre conscience.
Cette terre de Ouidah est un lieu emblématique. Elle a été le dernier point de départ de milliers d’hommes et de femmes africains déportés vers d’autres continents et réduits en esclavage. Aujourd’hui, nous célébrons la mémoire de ceux qui sont partis, de ceux qui ont perdu la vie, mais aussi de ceux qui ont été contraints de contribuer à ce crime horrible. Parce que les Européens qui venaient n’allaient pas eux-mêmes dans les villages pour organiser les razzias. Ces opérations étaient organisées par les pouvoirs locaux. Il faut donc reconnaître ce qui était et ce qui a été.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, à Saint-Domingue, en Haïti, de grands soulèvements ont eu lieu pour permettre aux esclaves de se libérer de la tutelle du système esclavagiste. De nombreuses personnes ont perdu la vie, mais cette lutte a finalement contribué à la libération d’Haïti, devenue la première République noire indépendante. Des hommes et des femmes ont également perdu la vie durant les voyages liés à la traite esclavagiste. Cette entreprise a provoqué de nombreux massacres et des atrocités innommables. Mais finalement, la liberté est arrivée.
Au niveau mondial, cette journée est célébrée pour se souvenir de ces hommes et de ces femmes qui, contre leur volonté, se sont retrouvés déportés par voie maritime, ainsi que de toutes les victimes des atrocités commises durant cette période. Le Bénin assume sa responsabilité face à son histoire. Il affiche sa volonté de reconnaître et de regretter cette histoire douloureuse et travaille à soigner les plaies.
C’est d’ailleurs pour cela que plusieurs initiatives portées par le gouvernement sont en marche, notamment en faveur de la reconnaissance des Afro-descendants, de leur accès à la nationalité béninoise, de leur intégration dans les programmes de développement et de la reconnaissance de leur identité et de leur place au sein de la communauté.
Pour montrer à quel point nous regrettons cette histoire, nous devons également trouver des moyens de la réparer. »
Propos recueillis et transcrits par : C.L.A.



