
Les 109 députés de la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale du Bénin ont été installés dans leurs fonctions le 8 février 2026 au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. Dans la foulée, les membres du bureau du Parlement, désormais présidé par Joseph Djogbénou, ont été élus pour les sept prochaines années. Mais pour réussir son mandat, le nouveau président devra s’appuyer sur trois piliers essentiels proposés dans cette analyse par Landry Sokégbé, consultant en communication politique et publique.
10ᵉ législature : quels défis ?
L’opinion publique, tant nationale qu’internationale, observe depuis quelques jours le renouvellement des institutions politiques au Bénin. Après l’installation des nouveaux conseils communaux dans l’ensemble des départements, les 109 députés récemment élus ont été officiellement investis dimanche dernier.
Le professeur Joseph Fifamin Djogbénou, également député, a été porté à la présidence de cette 10ᵉ législature. Cette désignation ouvre une nouvelle séquence politique et institutionnelle, marquée par de fortes attentes quant au rôle du Parlement dans la consolidation démocratique et la gouvernance publique.
Quels défis pour le président Joseph Djogbénou ?
À la tête de l’Assemblée nationale, le nouveau président devra relever plusieurs défis structurants. Trois chantiers prioritaires apparaissent déterminants : la communication parlementaire, la légitimité des lois, ainsi que la transparence et l’impartialité de l’action parlementaire.
Refonder la communication parlementaire
C’est une évidence : le Parlement béninois souffre depuis plusieurs années d’un déficit de communication institutionnelle. Une large frange de la population peine à comprendre le processus d’élaboration et d’adoption des lois. De nombreux textes votés restent méconnus, insuffisamment vulgarisés ou perçus comme sans impact concret sur le quotidien des citoyens.
La précédente législature avait amorcé des avancées, notamment à travers l’instauration d’un porte-parole et le renforcement des médias institutionnels, tels que la radio et la télévision parlementaires. Il revient désormais au nouveau président de consolider ces acquis et de franchir un palier qualitatif. L’enjeu est clair : rendre l’action parlementaire lisible, accessible et utile aux citoyens.
Une stratégie moderne et inclusive pourrait s’appuyer sur : des partenariats avec des influenceurs et relais d’opinion aux niveaux local et national ; la collaboration avec les radios communautaires pour toucher les zones rurales ; l’instauration d’obligations de reddition de comptes mensuelles des députés dans leurs circonscriptions, assorties de rapports publics ; des mécanismes pédagogiques de vulgarisation des lois adaptés aux réalités sociolinguistiques.
Renforcer la légitimité sociale des lois
Au Bénin, certaines lois souffrent d’un déficit de légitimité, faute d’une prise en compte suffisante des réalités socioculturelles. Cette inadéquation peut entraîner une faible adhésion populaire, voire une application partielle ou inexistante des textes adoptés.
Pour y remédier, il sera essentiel d’ancrer davantage le processus législatif dans les réalités sociales, économiques et culturelles du pays. Une loi comprise et socialement acceptée est une loi appliquée. Cela suppose : une concertation plus large en amont avec les acteurs sociaux, économiques et communautaires ; des études d’impact mieux contextualisées ; un effort de pédagogie institutionnelle pour favoriser l’appropriation citoyenne des lois.
Garantir transparence et impartialité dans l’action parlementaire
Dans un contexte où toutes les sensibilités politiques ne sont pas représentées au Parlement, certaines décisions peuvent susciter des interrogations quant à leur impartialité. Le président de l’Assemblée nationale devra donc incarner, par des pratiques exemplaires, une gouvernance fondée sur l’intérêt général.
Le renforcement de la transparence constitue, à cet égard, un levier central : publication systématique des travaux parlementaires ; accessibilité des débats et des votes ; ouverture accrue à la société civile et aux organisations citoyennes.
Ces trois chantiers — communication, légitimité des lois et transparence — constituent des priorités stratégiques pour la 10ᵉ législature. Leur prise en compte effective permettra de renforcer la crédibilité de l’Assemblée nationale, de consolider la démocratie béninoise et de favoriser une adhésion durable des citoyens à l’action publique.
Dans un contexte de mutation des attentes démocratiques, la capacité du Parlement à se rapprocher des citoyens sera le véritable baromètre de sa réussite institutionnelle.
Landry Sokégbé
Consultant en communication politique et publique



