Voir le monde de plus près !

ActualitésDéveloppement

Démocratie et Etat de droit en Afrique: Les experts mènent le débat sur initiative de l’IAJP

Sous la houlette de son Directeur, l’abbé Eric Aguénounon, l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) a organisé, ce jeudi 12 février 2026, un débat sous forme de panel autour du thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : Entre efficacité, stabilité et controverses ». Cette initiative, qui fait suite à la conférence de janvier dernier sur le même sujet, a permis aux participants d’approfondir la réflexion sur la pratique de la démocratie et de l’État de droit en Afrique. Les cas du Sénégal, du Cameroun, du Togo, de la Guinée, du Rwanda, du Bénin et bien d’autres ont été cités en exemple par les trois éminents panélistes de l’IAJP pour étayer leurs analyses.

Interrogé sur les motivations les plus fréquentes des révisions constitutionnelles en Afrique, l’abbé Camille Sessou, docteur en théologie et aumônier diocésain des cadres et personnalités politiques de Cotonou, est parti des fondements de la réalité sociale. Il a évoqué le fait naturel, à savoir que l’homme est naturellement en relation avec son semblable. Ce qui oblige chacun à tendre vers le bien commun et, par conséquent, vers le principe d’unité de ce bien commun. En clair, c’est dans ce bien commun et son unité que l’on retrouve la Constitution, loi fondamentale qui garantit une relation solide entre le peuple et ses institutions.

Toutefois, l’abbé Camille Sessou a insisté sur le danger que représente une vision floue du bien commun. Lorsque les intérêts particuliers prennent le pas sur l’intérêt général, les révisions constitutionnelles deviennent opportunistes et calculées, trahissant leur vocation première.

Partageant le même avis, le Professeur Messanh Ahlinvi, agrégé de science politique, a dénoncé l’absence de débat sérieux en amont et le problème de timing des réformes constitutionnelles. Selon lui, celles-ci interviennent trop souvent en fin de mandat, donnant l’impression qu’elles visent à prolonger le pouvoir en place. Il a rappelé qu’au Bénin, depuis la dernière révision de novembre 2025, le mandat présidentiel et certaines fonctions politiques sont désormais portés à sept ans.

Francis Lalèyè, expert en gouvernance politique, expert électoral et consultant, a également enrichi le débat. Il a révélé qu’entre 2002 et 2023, l’Afrique a connu 24 tentatives de révision constitutionnelle, dont 19 ont abouti, soit un taux de réussite de 78 %. Cela représente près d’une modification par an sur deux décennies, une situation qui inquiète les populations. L’expert a ensuite analysé les nouveaux types de révisions, où les dirigeants trouvent des subterfuges pour contourner la limitation des mandats. Il a cité l’exemple du Togo, où la création du poste de président du Conseil des ministres concentre désormais l’essentiel des pouvoirs décisionnels, reléguant le président de la République à un rôle honorifique.

En définitive, les réformes constitutionnelles en Afrique apparaissent à la fois nécessaires et problématiques. Nécessaires, car elles permettent d’adapter les institutions aux réalités contemporaines ; problématiques, car elles sont trop souvent instrumentalisées pour servir des intérêts particuliers.
Les interventions de l’abbé Camille Sessou, du Professeur Messanh Ahlinvi et de Francis Lalèyè convergent donc vers une exigence commune : replacer le bien commun, la transparence et le respect de l’État de droit au cœur de toute révision constitutionnelle. C’est à ce prix que les Constitutions africaines pourront véritablement jouer leur rôle de socle de stabilité et de garantie démocratique.

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page